Dickey BETTS: Ramblin' Man: Live at the St. George Theatre (2019)

On se souvient que la tournée US 2018 de Dickey Betts avait été compliquée avec plusieurs dates annulées, et le guitariste, qui revenait sur scène après plusieurs années de complète coupure avait les traits marqués et apparaissait vieilli. D’ailleurs le nombre de guitaristes l’accompagnant (son fils Duane, l’excellent Damon Fowler et Devon Allman en invité) démontrait que notre homme avait besoin de soutien et qu’il ne pouvait plus jouer comme dans ses grandes années. L’intention de Betts était louable. Une tournée hommage à son frère ennemi Gregg Allman disparu le 27 mai 2017. Les morceaux proposés, « Hot’Lanta »; »Blue Sky » « Midnight Rider »; « In Memory Of Elizabeth Reed »; « Whipping Post »; « Ramblin’ Man »; « Jessica » sont tous des classiques des Allman et presque tous des compositions de Betts pendant sa très féconde période ABB. J’ai toujours considéré Dickey Betts comme un immense guitariste, pourtant, force est de constater que, sur cet enregistrement, il est visiblement à la peine. Les tempos sur "Jessica" et « In Memory Of Elizabeth Reed » sont ralentis, pour lui permettre de suivre, et sa voix est fatiguée et voilée parfois à la limite du faux. Quelle différence avec Devon Allman et sa voix puissante, son jeu enlevé sur « Midnight Rider » De temps en temps on retrouve une phrase, un éclair qui nous confirme que Dickey est un immense guitariste, un pionnier, mais quand Damon Fowler et Devon Allman prennent tour à tour le lead sur « In Memory Of Elizabeth Reed » après un somptueux passage aux claviers de Mike Kach, on se retrouve devant une évidence, un passage de relais, à une génération plus jeune qui assume parfaitement avec talent l’héritage. Attention, Dickey fait le boulot, il a derrière lui un demi-siècle de vécu, il a joué et rejoué ses morceaux alors il parvient à assurer, à faire bonne figure, et son jeu reste nettement supérieur aux centaines d’imitateurs. Mais il n’a plus le punch, on sent qu’il fait des efforts mais son jeu manque de puissance, dans « Hot Lanta » ou « Blue Sky ». Il a soixante-quinze ans, et une vie plutôt agitée, un long parcours avec la drogue alors c’est un peu logique qu’il commence à baisser de pied (écoutez au hasard, Clapton, Mick Taylor, Keith Richards c’est bien pire). Cette tournée sera probablement et malheureusement la dernière, et depuis, son fils Duane et Devon Allman ont monté l’Allman Betts Band qui fait perdurer la magie des Allman Brothers. Chant du cygne d’une légende du « Southern-rock », d’un guitariste hors du commun, qui a écrit les plus belles pages de cette musique, qui en a écrit des hymnes qui resteront, Dickey Betts ne se produira certainement plus dans le cadre d’une tournée, mais encore certainement à de rares occasions pour des concerts uniques. Alors chapeau bas ce qui semble être son dernier tour de piste.

Michel Bertelle